Artwork

AURIELLE JIOYA

Aurielle est passionnée de cinéma depuis un très jeune âge. Elle est diplômée du programme de production cinématographique de la faculté des Beaux-Arts de l’Université Concordia à Montréal. C’est là-bas qu’elle fait ses débuts en tant que réalisatrice en complétant trois courts-métrages.  De 2010 à 2018, elle est à la tête de Wrapped in Blue une société de production qui couvre toutes les étapes de la production, du concept à la post-production pour les films d’entreprises, de mariages, et de storytelling. Aujourd’hui elle retourne à ses premiers amours en développant des projets de fiction et des vidéos d’arts au sein de son studio de création Jioya Productions.

Video d’art

Titre: C’est dans ma bouche que tu veux manger ton piment / Femme milliardaire.

Format video: 3’27

Danseuse Silfath Pinto, Composition musical Aidje Tafial

Il s’agit d’une installation vidéo qui présente le wax hollandais comme un moyen d’expression pour les femmes d’Afrique francophone.

Dans l’oeuvre, une femme qui semble nue (en fait elle porte un bodysuit couleur chair) danse pendant que sont projetés sur son corps des motifs de wax hollandais dont les noms sont liés à la vie et la situation des femmes d’Afrique francophone. Tel que “mon mari est capable” “l’oeil de ma rivale”etc. La projection de l’oeuvre se fera directement sur un mur blanc. 

Explication du titre:

Cette expression populaire de l’argot ivoirien se dit d’une personne qui veut servir d’une autre pour dire ce qu’elle n’ose pas dire, les noms des motifs de wax projetés dans cette vidéo ont exactement cette fonction.

Explication du titre alternatif:

Femme milliardaire est le nom d’un motif de wax, mais il correspond aussi à la situation de femmes africaines qui grâce au commerce du wax sont devenues multimillionaires en euros/US Dollars donc milliardaires en CFA.

Démarche Artistique

Le wax hollandais qui est un batik industriel européen est associé depuis le début du 20ème siècle au continent africain. A travers cette vidéo, je veux rappeler le rôle déterminant que les femmes africaines ont joué pour qu’on en arrive à cette situation, en les mettant au centre de l’écosystème wax. Que ce soient les Nana Benz, qui ont fait fortune en étant les intermédiaires des entreprises textiles européennes, les vendeuses du marché, ou la femme élégante qui veut se procurer les motifs les plus beaux et les plus rares. L’essor de ce marché de plus de 300 millions d’euros annuel repose essentiellement sur les femmes.  Ce sont les femmes qui ont avec leur intelligence et leur sens du marketing ont développé le marché du wax. Les motifs pour la plupart ont été créés en Europe, que ce soit aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni, mais une fois arrivés au Ghana ou au Togo, ce sont les femmes africaines qui leur donnent un nom et font en sorte qu’ils soient populaires.

Les motifs sélectionnés ne l’ont pas été en fonction de considération esthétique, mais en regard au sens du nom qui leur a été donné. Ils servent à faire passer des messages, dans des sociétés ou la femme n’a pas toujours la possibilité de dire tout ce qu’elle souhaite. Le wax devient son messager, son porte-voix, qu’elle s’adresse à son mari, une rivale, à la représentation politique, à la société dans laquelle elle vit. Le wax peut devenir moyen de communication.

Des motifs à première vue anodins, peuvent devenir des messages féministes fort. A une époque ou nous faisons de plus en plus attention a l’appropriation culturelle, je voulais souligner un exemple de réappropriation culturelle.